Notre excursion du 23 juin 2019 (Sélestat – Rosheim) : 2ème partie, la ville de Rosheim

Après le très bon repas pris à l’Auberge Fritsch de Kogenheim, et sous une chaleur de plus en plus marquée, nous avons découvert les richesses patrimoniales de Rosheim, cette charmante petite cité du piémont des Vosges.

L’occupation du site de la ville est attestée dès le Néolitlithique, et une première mention écrite de la localité figure dans acte de vente de biens établi en 778 sous Charlemagne : il s’agissait alors d’un village dénommé Rodasheim, nom dérivé du mot roda, la route, en référence au croisement de voies de communication de ce piémont vosgien, un axe nord-sud et un axe est-ouest. Au XIIe siècle, la localité profita de l’essor économique de l’Occident médiéval et des largesses des Hohenstauffen, cette famille qui occupa le trône impérial du Saint-Empire de 1138 à 1254. Les Hohenstauffen encouragèrent la cité à échapper à la tutelle de son seigneur, l’abbaye de Hohenburg (le Mont Saint-Odile). En 1220, elle érigea ses premières fortifications en pierre et en 1267, elle fut élevée au rang de ville avec le droit d’avoir son propre sceau. En 1303, l’Empereur Albert Ier de Habsbourg confirma que la cité était une ville libre de l’Empire et elle prit le nom de Rosheim. En 1354, elle adhéra à l’alliance des dix villes libres d’Alsace, appelée ensuite Décapole : Rosheim était la plus petite des dix villes de cette ligue qui comprenait Colmar, Haguenau, Kaysersberg, Mulhouse, Munster, Obernai, Rosheim, Sélestat, Turckheim, Wissembourg (lorsque Mulhouse rejoignit la Confédération Helvétique en 1515, elle fut remplacée par la ville de Landau qui adhéra à la Décapole en 1521).

La ville qui comptait 2 000 habitants en 1620 endura, comme toute l’Alsace, les malheurs de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) avec une population tombée à 800 âmes. Suite aux Traités de Westphalie de 1648 , les prérogatives et possessions de l’Empereur en Alsace revinrent au roi de France. Si le sud de l’Alsace, propriété des Habsbourgs (c’était l’Autriche antérieure) passa directement dans l’orbite française, la situation resta confuse pour la Décapole dont les villes conservaient leur lien avec l’Empire. Petit à petit, Louis XIV accentua son emprise (en 1673, il fit démolir une partie des remparts de la cité de Rosheim) et à l’issue de la guerre de Hollande (1672-1679) qui fit des ravages en Alsace, le Traité de Nimègue (1679) intégra définitivement la Décapole au royaume de France. Le XVIIIe siècle marqua un nouvel essor de la ville qui compta 3 000 habitants en 1780. Aujourd’hui, la population de Rosheim s’élève à 5 200 personnes.

Nous entrâmes dans la ville par la porte Basse, vestige de la deuxième enceinte de remparts édifiée aux XIII-XIVe siècles. Elle est aussi dénommée porte de la Vierge à cause de la fresque de la Vierge peinte sur le mur extérieur.

Sur cette fresque de la Vierge à l’Enfant, se trouve l’emblème du sceau de Rosheim, la rose quintefeuille, adoptée par la ville dès le XIVè siècle.

Cette rose de Rosheim, nous l’avons retrouvée à plusieurs reprises au cours de notre visite :

Sur le fronton de l’ancienne gendarmerie départementale, bâtiment élevé en 1846.

Dans le fronton de l’Hôtel de Ville achevé en 1762 et au sommet du puits aux six seaux de 1605.

La rose de Rosheim présente sur le puits aux six sceaux et dans le fronton de l’Hôtel de Ville.

A deux reprises sur le monument aux morts de Rosheim située derrière l’Hôtel de Ville…

…au sommet de l’obélisque

et sur cette sculpture symbolique de l’artiste A. Schultz où Jeanne d’Arc accueille deux combattants de Rosheim, l’un en uniforme français de poilu et l’autre en uniforme allemand, le casque à pointe à ses pieds, montrant sur sa poitrine la rose de Rosheim. Si, en 14-18 la majorité des Alsaciens, étant allemands depuis 1871, ont combattu pour le Reich, certains s’étaient engagés dans l’armée française.

Le soldat ayant combattu sous uniforme allemand montre la rose de Rosheim portée sur sa poitrine.

La porte Basse vue du côté de la ville.
Le franchissement de l’enceinte intérieure, élevée dès 1220, se fait par la porte dite de la tour de l’Ecole : derrière la porte se devine le clocher de l’église Saint-Pierre-et-Saint- Paul

Cette porte de l’enceinte de 1220 porte le nom de porte de la tour de l’Ecole car, vers 1850, la municipalité rajouta ce clocheton pour la sonnerie des écoles, vu que les bâtiments entourant la porte accueillirent des élèves après 1842.

A gauche, la maison du prêteur royal, représentant de l’autorité royale, devint l’école des garçons.
A droite, le bâtiment du greffe de la ville, qui accueillait les archives jusqu’à la Révolution, devint une école de filles.

La maison du greffe comprend encore l’ancienne tour de guet de l’enceinte.

Une promenade en calèche pour découvrir Rosheim.
La très belle église romane Saint-Pierre-et-Saint-Paul, en grès jaune de Westhoffen, fut construite entre 1150 et 1180 avec l’aide financière des Hohenstauffen. Le clocher octogonal, avec ses fenêtres gothiques, fut achevé à la fin du XIIIè siècle et se distingue par l’utilisation de pierres de grès rouge en provenance de Gresswiller.

Cette église romane rhénane présente des bandes lombardes, ces bandes plates ornant les murs, témoins de cet apport architectural venu d’Italie du Nord sous l’influence des marchands et banquiers lombards. Elle offre aussi l’un des décors sculptés les riches en Alsace de l’art roman rhénan du XIIè siècle.

Notre guide nous présenta d’abord l’extérieur de l’église, en nous mettant à l’ombre près de l’abside, côté est. On distingue bien les bandes lombardes.

La fenêtre du chevet entouré de palmettes et de colonnes torsadées est encadré par les symboles des quatre évangélistes : à gauche, le taureau (Saint Luc), l’aigle (Saint Jean) et à droite, le lion (Saint Marc). L’homme ailé, représentant Saint Mathieu a disparu.

Les sculptures sont plus étonnantes les unes que les autres. Remarquons bien ici la différence de grès entre le clocher et les murs de l’église.

Une créature bien bizarre

Un tigre mangeant sa proie

A l’ombre, à l’écoute des explications du guide.

Chaque mur réserve une sculpture étonnante…

… comme ce sphinx palmé

Ces têtes étonnantes qui se grattent le menton.

Sur la façade ouest, ce monstre s’apprêtant à avaler un homme, allégorie de la mort.

Au pied du clocher octogonal un étonnant personnage…

…un marmouset tient son écuelle, allégorie la charité.

A l’intérieur de l’église, la même richesse ornementale : dans la nef, les colonnes monolithiques aux chapiteaux très décorés alternent avec de gros piliers cruciformes, architecture caractéristique de l’art roman rhénan.

Un chapiteau décoré de motifs ondulatoires

Un autre chapiteau finement décoré

Voilà le chapiteau le plus remarquable avec son astragale de 21 têtes toutes différentes.

C’est l’oeuvre d’un sculpteur physionomiste qui le premier en Alsace exécuta des têtes humaines à l’expression si naturelle, et différente pour chacune.
La voûte sur croisée d’ogives : on y trouve d’étonnants culs-de-lampe à tête humaine, parfois grotesques.

A l’image de celui-ci

ou de celui-là

D’autres gardent leur apparence humaine, voici un homme.

Et voici une tête de femme

Lors de notre visite, l’église accueillait le 22ème chemin d’art sacré en Alsace avec des sculptures de Christian Fuchs sur le thème « Penser la blessure c’est panser la question ». Voici quelques oeuvres exposées:

La paroisse a acquis deux oeuvres contemporaines réalisées en 2015 par la céramiste Gaby Kratz : un embon et le crucifix de l’autel.

Le crucifix de l’autel réalisé en 2015 par Gaby Kratz

L’embon représente les quatre évangélistes.

Après la visite de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, nous avons découvert d’autres aspects patrimoniaux de Rosheim, parmi lesquels de nombreux emblèmes de métiers sculptés sur les linteaux de porte. Avant la Révolution, Rosheim comptait neuf corporations, réunissant parfois plusieurs métiers : les tisserands, les meuniers et boulangers, les tonneliers et cuvetiers, les tailleurs d’habit, les cordonniers, les maréchaux et cloutiers, les charrons, les menuisiers-serruriers-vitriers-tourneurs-chapeliers-cordiers et bonnetiers, les charpentiers et tailleurs de pierre. Les corporations furent supprimées au début de la Révolution par la loi Le Chapelier, au nom de la liberté, car les règlements des corporations étaient jugés trop contraignants.

L’emblème du boulanger : le bretzel

La roue du meunier

L’emblème du tuilier Jacob Rysz

Le porche sur lequel se trouve l’emblème du tuilier Jacob Rysz.

Au cours de cette visite guidée, d’autres bâtiments remarquables de Rosheim nous furent présentés.

L’Hôtel de Ville, construit au XVIIIe siècle, inspiré du style Régence, fut doublé en 1884 par la construction d’un tribunal, de même style que l’Hôtel de Ville.

Devant l’Hôtel de Ville, se dresse le puits aux six seaux, daté de 1605, une oeuvre du sculpteur J. Zumsteg. Ce Sechseimerbrunnen fut rénové en 1764 et jusqu’en 1906, les habitants de Rosheim venaient y puiser de l’eau.

A côté de l’Hôtel de Ville se dresse la porte ouest de l’enceinte de 1220, appelée aujourd’hui Porte de l’Horloge ou Zittgloeckel Tor. Sur cette vue prise de l’extérieur de l’enceinte, on remarque aussi à droite le monument aux morts de Rosheim, élevé après la guerre 14-18.

En continuant à arpenter la rue de du Général de Gaulle, cet axe structurant de la cité de Rosheim, qui passe sous la porte de la tour de l’Ecole et sous la tour de l’Horloge, nous sommes passés devant l’église Saint-Etienne, le lieu de culte de la seconde paroisse de Rosheim au XIIè siècle, et avons visité la célèbre maison romane de Rosheim, dont la construction remonte à 1154.

De l’église Saint Etienne médiévale, il ne reste que le clocher. Elle fut reconstruite à la fin du XVIIIè siècle par l’architecte Nicolas Salins de Montfort, qui conçut également le plan du château des Rohan à Saverne. Il dota l’église d’une monumentale façade classique avec ses quatre colonnes doriques.

La façade est ornée des statues de Sainte Odile (à gauche) et de Saint Arbogast (à droite).

Datée de 1154, la maison romane de Rosheim est l’une des plus anciennes maisons de pierre d’Alsace. Elle se caractérise par son plan carré, ses pierres en grès à bossage et ses petites ouvertures qui lui donnent une allure de tour. Le rez-de-chaussée, ancien lieu de stockage et le 1er étage, ancien lieu d’habitation, ont été restaurés et servent aujourd’hui de cadre à une exposition sur la vie au Moyen-Age à Rosheim.

Les très belles fenêtres en plein cintre de la maison romane.

Sur le chemin du retour le guide nous a fait passer devant la synagogue de Rosheim, une cité qui comptait une importante communauté juive dès le XIIIè siècle : en 1784, les Juifs représentaient 8% de la population de la ville.

L’imposante synagogue de Rosheim, inaugurée en 1884 et réaménagée en 1959.

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